L’Agriculture Biologique et le CTPS

Favoriser l’inscription au catalogue de variétés adaptées à l’agriculture biologique

Pour pouvoir prendre en compte les besoins de la production biologique et répondre aux besoins de variétés adaptées, nécessaires aux agriculteurs et transformateurs de la filière AB, une Commission Inter-Sections dédiée à l’évaluation des variétés pour l’Agriculture Biologique (la CISAB) a été créé au sein de CTPS en 2017. Cette commission doit permettre de faciliter les conditions d’un partage d’expériences et d’approches entre les Sections et favoriser l’inscription au catalogue officiel de variétés adaptées à l’AB.

La finalité de cette commission est la suivante :

  • être une instance de réflexion et de discussion transversale au sein du CTPS,
  • identifier les besoins et les manques de l’agriculture biologique, de la transformation et des consommateurs pour les différentes espèces, en termes de variétés et de semences & plants,
  • contribuer à l’inclusion au catalogue officiel français de variétés adaptées à l’agriculture biologique et identifiées de façon claire comme telles.

Cette commission a vocation à fonctionner en interaction avec les Sections par espèces du CTPS, et avec la Commission Semences du Comité national de l'Agriculture Biologique. Si la CISAB suscite, recommande, questionne, facilite la transversalité entre Sections du CTPS, les Décisions, règlements, inscriptions sont prises par les  SECTIONS par espèces.

Cette commission est composée de représentants de l’administration dont l’INAO/commission semence, de chercheurs d’INRAE, de sélectionneurs), de techniciens de la semences (GNIS, FNAMS), des instituts techniques agricoles avec plusieurs représentants de l’ITAB, ainsi que des professionnels bio (agriculteurs, meuniers, coopératives).

Des représentants de la filière Bio sont présents dans la majorité des Sections du CTPS (et au Comité Plénier, et dans certaines commissions VATE.

L’Agriculture Biologique est également présente au niveau de l’évaluation des variétés. Un dispositif spécifique d’évaluation spécifique pour l’AB existe depuis 2010 pour le blé tendre d’hiver. Deux variétés de blé dur à destination de la production bio seront évaluées dans une expérimentation spéciale débutant au semis de l’automne 2020.  En soja, pour les séries tardives (I et II), le réseau national d’évaluation comprend 2 sites en Agriculture Biologique.

Travaux de la Commission Intersections dédiée à l'AB

Quelles sont les caractéristiques recherchées pour des variétés adaptées à l’AB ?

Premier constat : l’agriculture conventionnelle évolue vers une moindre dépendance aux pesticides, en mobilisant résistances variétales, régulations biologiques et stratégies agronomiques favorisant un moindre développement des adventices et des pathogènes. Ainsi, les caractéristiques variétales recherchées par l’agriculture conventionnelle se sont rapprochées de celles de l’agriculture biologique.

Une des principales différences actuelles réside dans le fait que l’AB recherche des variétés plus concurrentes vis-à-vis des adventices ou facilitant l’usage des techniques alternatives au désherbage chimique. De plus le pouvoir concurrentiel (pouvoir couvrant, hauteur, dates de fermeture de rang), important pour contrôler les adventices est aussi déterminant dans le cas des cultures en association fréquentes en AB. Par ailleurs, l’absence d’engrais azoté de synthèse impacte fortement le rendement et la qualité technologiques pour certaines espèces. Ces caractéristiques ne sont pas spécifiques mais peuvent nécessiter des expérimentations en situations d’Agriculture Biologique, comme c’est le cas pour le règlement d’inscription des variétés de blé tendre bio.

 

Quels sont les verrous de l’offre variétale pour l’AB ? 

 Deux types de verrous peuvent être distingués : le premier lié à la disponibilité en variétés adaptées (recherche variétale), le second lié à la disponibilité des semences et plants multipliés en AB.

Parmi les causes de la faible disponibilité de variétés adaptées à l’AB en France, on peut citer :

  • le retour sur investissement trop faible pour les établissements de sélection.
  • la difficulté de créer des variétés adaptées pour l’ensemble des espèces présentes dans les systèmes AB,
  • le manque de sélection publique et privée,
  • le manque de lisibilité sur les caractéristiques variétales à rechercher en AB,
  • les freins liés à l’inscription (pas de règlement pour l’AB en France sauf pour le blé tendre ; règles de DHS et coût de l’inscription perçus par certains comme trop exigeante ou trop élevé,),
  • le manque de réseaux d’évaluation variétale en AB pour identifier les variétés adaptées. Les réseaux de criblage (blé tendre et triticale) coordonnés par l’ITAB, avec l’appui d’Arvalis, sont un bel exemple de mutualisation à disséminer sur les autres groupes d’espèces.

Les freins à la disponibilité des semences et plants sont d’ordre technique (maladies, ravageurs, salissement des parcelles de production de semences, stress climatiques), économique (coût de la production de petits lots) et organisationnel (manque d’agriculteurs multiplicateurs, adéquation entre variétés produites en AB et demandes des agriculteurs AB).

 

Quelles sont les pratiques d’études et d’inscription des variétés pour l’AB dans les autres pays du Catalogue officiel communautaire.

Deux études ont été conduites en 2019 sur les dispositifs d’évaluation variétale pour l’AB, l’une dans le cadre de Liveseed (rapport disponible), l’autre dans le cadre du groupe informel des homologues européens du GEVES ( études VATE ), étude plus ciblée sur les dispositifs d’inscription. La quasi-totalité des pays européens a donc été enquêtée (pays manquants : Finlande, Suède, Slovénie, Luxembourg, Irlande, Chypre et Malte). Malheureusement, les informations ne sont pas toujours très précises pour tout appréhender.

Pour l’inscription au catalogue, les espèces pour lesquelles il existe, en 2019, des dispositifs spécifiques pour l’inscription AB sont des céréales, blé tendre d’hiver (BTH) et de printemps (BTP), orge d’hiver et de printemps (OH et OP), épeautre d’hiver (EH), triticale (TH) et seigle (S). Pour les autres familles d’espèces, l’Autriche vient de mettre en place un dispositif pour le soja et la Lettonie annonce une possibilité de prise en compte pour la pomme de terre (PDT).

Il y a 3 cas de figure :

  • tous les essais rendement sont réalisés en conduites AB, avec souvent des essais spécifiques maladies dans le réseau conventionnel pour compléter l’information sur les résistances aux maladies (cas du BTH au Danemark, Allemagne, Tchéquie, Autriche  et en Allemagne pour le BTP, OH, OP et AP ainsi que OP en Estonie)
  • il y a quelques essais en AB en complément des essais en AC (Autriche pour BTP, OH, OP, AP, EH; SH, PDT et Soja)
  • il y a double expérimentation (BTH en France jusqu’en 2020, ..)

L’Autriche et la Suisse disposent de réseaux d’inscription nationaux qui comprennent des sites en AB, l’ensemble des variétés déposées est donc testé dans une ou 2 situations AB (aucun pays n’a que des essais AB pour l’inscription au catalogue national).

Plusieurs pays expliquent l’absence de dispositif spécifique par l’absence de demandes d’inscription pour des variétés visant spécifiquement le marché AB. Mais ceci évolue vite, de nombreux pays cherchent à répondre aux demandes des productions biologiques et chaque année il y a de nouveaux dispositifs pour la prise en compte de l’AB.

L’étude réalisée dans le cadre du projet Liveseed présente également ce qui est fait en post-inscription pour les grandes cultures, mais aussi les plantes légumières et les arbres fruitiers. Dans la plupart des pays, l’évaluation variétale en conditions AB est dépendante d’un programme de recherche et il y a peu d’évaluation régulière, centralisée et partagée.

 

Quelle démarche proposer aux Sections CTPS pour prendre en compte à l’inscription l’Agriculture Biologique  ?

Pour les espèces avec de la VATE, la démarche comprend trois étapes.

  • La première étape consiste à identifier les caractéristiques recherchées par les agriculteurs, les transformateurs et les consommateurs de produits biologiques.
  • La seconde est de construire le dispositif d’évaluation en utilisant les dispositifs d’évaluation variétale déjà existants, voire en les incitant à évoluer vers « moins de pesticides » et plus de diversification des systèmes de culture. Pour chaque caractère, il faut tenir compte de sa sensibilité aux systèmes de production (biologique ou conventionnel). Si le classement des variétés n'est pas influencé par le système de culture (faible interaction génotype x gestion), le caractère pourrait être évalué aussi bien en bio qu’en conventionnel. C'est le cas pour les caractères les plus héréditaires tels que la taille, la précocité et la plupart des résistances aux maladies (en particulier pour les gènes principaux). Selon les espèces, les dispositifs pourront donc être différents (cf illustration ci contre).
  • La dernière étape consiste à adapter les règles d'enregistrement.

 

Pour les espèces légumières, la première étape est déjà de faire connaitre, ce qui est fait lors des études d’inscription. Ainsi, pour les maraîchers (biologiques mais aussi les conventionnels) et les jardiniers, le GEVES travaille à leur mise à disposition d’une base de données interrogeable des variétés ayant telles ou telles caractéristiques, pour les accompagner dans leur choix variétal. Les informations inclues dans cette future base sont issues des examens officiels réalisés par le GEVES dans le cadre des études d’inscription au catalogue officiel.

 Pour en savoir plus :

  • Article de synthèse du projet EcoVAB. Le travail fait au cours de ce projet a été très utile à la CISAB.

 

H comme Homogène et Hétérogène

Les productions sous AB utilisent aujourd’hui soit des variétés sélectionnées en conditions conventionnelles, des variétés ayant été sélectionnée aux dernières étapes en conditions AB, des variétés sélectionnées pour l’AB avec toutefois les 1° années de pépinières en conventionnel, soit sélectionnées en conditions biologiques pendant tout le processus de sélection. Par ailleurs, les productions biologiques utilisent également des anciennes variétés, ou des nouvelles populations issues d’un travail de « sélection » dans les anciennes populations et recherchent des variétés avec un avec un niveau d’hétérogénéité élevé pour avoir un potentiel d’évolution et d’adaptation aux conditions locales.

Le nouveau Règlement européen de l’AB (2018/848) intègre 2 types de matériels génétiques, pour répondre aux besoins de l’AB : le Matériel Biologique Hétérogène et les Variétés Biologiques Adaptées à la Production Biologique.

La mise en œuvre en cours de ce nouveau Règlement européen est l’occasion de partager avec différents acteurs de l’AB ce qu’est l’étude DHS, et en particulier ce qu’est la DHS pour le catalogue des variétés.

L’objectif du catalogue est d’accompagner les utilisateurs, en leur fournissant une description (D) de la variété permettant d’identifier la variété et de leur garantir que la variété achetée l’année x sera) la même que l’année y (Stabilité). L’homogénéité (H) facilite/permet la description et la stabilité.

Le catalogue des variétés comprend aujourd’hui des variétés dont le niveau d’homogénéité est très élevé (lignées, hybrides simples,), mais aussi des variétés avec des niveaux d’homogénéité moins élevé comme les variétés composites (espèces fourragères notamment), les variétés populations inscrites à l’ouverture du Catalogue officiel (variétés anciennes de légumes notamment) ou inscrites encore aujourd’hui. ()

La DHS sera ces prochaines années un des thèmes du travail de la CISAB et du GEVES par la participation à l’expérimentation temporaire sur les Variétés Biologiques Adaptées à la Production Biologique définies dans le règlement Européen 2018/848, article.  Faut-il et comment modifier les protocoles utilisés en DHS ? (

Pour en savoir plus :

 

Les variétés inscrites sur la base d'un dispositif d'évaluation adaptée à la production biologique.

Espèce Nom de la variété année d'inscription Sélectionneur Mainteneur
Blé tendre d'hiver Hendrix 2011 INRAE Agri Obtentions SA (FR)
Blé tendre d'hiver Skerzzo 2011 INRAE Agri Obtentions SA (FR)
Blé tendre d'hiver Geny 2018 INRAE Agri Obtentions SA (FR)
Blé tendre d'hiver Gwastell 2018 INRAE Agri Obtentions SA (FR)
Blé tendre d'hiver Grafik 2018 INRAE Agri Obtentions SA (FR)
Blé tendre d'hiver Gwenn 2019 INRAE Agri Obtentions SA (FR)

En savoir plus

Sur ce site :

Accéder au règlement bio européen

Sur d’autres sites :

 

 

Les origines de Renan

Voir aussi