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L’homogénéité des études officielles DHS, une notion très relative

 

 

L’homogénéité, pierre angulaire de la DHS, est une notion toute relative mais nécessaire à la description de la variété.

Pour assurer un commerce loyal, une nouvelle variété doit faire l’objet d’une description ; celle-ci permettra de l’identifier sur le terrain et ainsi de se donner les moyens de limiter les erreurs, fraudes et autres abus, donc de garantir au maximum à l’acheteur qu’il a bien acheté la variété qu’il désire cultiver. La description est en quelque sorte la carte d’identité de la variété.

Cette description est basée sur des caractères dit « phénotypiques », c’est-à-dire qui correspondent à l’expression des gènes lors de la croissance de la plante, par exemple la forme du fruit ou de la graine, la couleur, la taille, le port de la plante, la découpure ou la gaufrure des feuilles, la présence d’ornementation …..

On se base prioritairement sur des caractères stables, c’est à dire dont l’expression est le moins possible influencée par les conditions du milieu ; il s’agit ainsi de la forme des organes, de la présence/absence de barbes, de poils, de pigmentations, de la couleur des fleurs …. La description sera alors robuste car identique quel que soit le lieu ou l’année où la variété sera décrite ; cependant ces caractères ne sont parfois pas très nombreux sur l’espèce, on peut donc également utiliser des caractères un peu plus fluctuants, tels qu’une hauteur de plante, une précocité à la floraison qui seront alors notés en comparaison relative à des variétés de référence connues.

Les caractères utilisés sont autant que possible normalisés à l’échelle internationale ; c’est une des principales missions de l’UPOV de rassembler les meilleures compétences internationales pour établir des « principes directeurs », sorte de guides pratiques qui détaillent comment observer et décrire un très grand nombre d’espèces cultivées.

En Europe, l’harmonisation des méthodes est encore renforcée par les exigences de l’OCVV, qui publie des « protocoles d’évaluation DHS » que les offices d’examen des Etats Membres de l’Union européenne doivent suivre pour que leurs fiches descriptives puissent être utilisées dans le cadre de la propriété intellectuelle ou dans le cadre de l’inscription au Catalogue officiel.

Le nombre de caractères observés varie selon les espèces, mais fluctue souvent entre 20 et 60 caractères (quelques 90 caractères pour le chrysanthème !). A noter que si la plupart des caractères sont de type morphologique (observables directement sur la plante), des caractères de type biochimique (teneurs en certains composés) ou des résistances à des bioagresseurs (qui nécessitent généralement la mise en œuvre de tests avec contamination artificielle) sont également pris en compte.

Un caractère peut ne prendre que 2 valeurs (par exemple présence/absence d’une ornementation), 3 ou 4, ou au contraire potentiellement une infinité, dans le cas où on mesure la taille d’un organe par exemple : mais dans ce dernier cas, et par convention internationale, on convertit ces mesures en note / classe sur une échelle prenant des valeurs entières de 1 à 9, par exemple 1 pour les variétés très petites et 9 pour les plus grandes.

L’ensemble des caractères notés sur une variété au cours de son cycle permettra d’établir sa fiche descriptive.

 

Chaque variété doit être distincte de toutes les autres variétés existantes !

Deux variétés seront déclarées distinctes si elles se distinguent par au moins un des caractères observés ; un seul caractère suffit donc à différencier deux variétés, du moins plus précisément à déclarer qu’une variété nouvelle « candidate » peut être admise en tant que « variété » au sens réglementaire, à savoir qu’elle n’est pas qu’une simple copie d’une variété préexistante et que sa dénomination est validée.

En élargissant ce raisonnement, on comprend donc que chaque variété reconnue comme telle est donc distincte de toutes les autres variétés existantes, par l’expression d’au moins un des caractères utilisés pour la description.

Si vous utilisez 10 caractères qui peuvent prendre chacun 4 valeurs, vous pourrez en théorie décrire 4 puissances 10 variétés soit : 1 048 576 variétés différentes ! De quoi laisser de la marge aux sélectionneurs pour créer de nouvelles variétés. La magie des puissances, rendue célèbre par la légende de l’échiquier de Sissa, nous est ici d’une précieuse aide.

Bien évidemment, pour décrire une variété, on n’observe pas qu’une seule plante, cela serait bien entendu trop risqué, une seule plante n’étant pas à coup sûr représentative de la variété ; et puis, toutes les plantes d’une variété n’ont pas forcément vocation à être identiques, tout dépend du mode de reproduction de l’espèce et de l’objectif visé lors de la création de la variété, comme il est expliqué dans le chapitre qu’est-ce qu’une variété ?.

 

 

L’homogéneité est un gage de distinction et de stabilité

Comment décrire la variété non homogène

On comprend toutefois qu’un degré trop fort d’hétérogénéité intra-variétale rend la description d’une variété plus difficile, voire impossible. Comment décrire simplement, si au sein de la même variété on trouve des petites et des grandes plantes, des claires et des foncées, des à feuilles lisses et des à feuilles gaufrées ?

De plus, une trop forte hétérogénéité va également rendre la distinction avec d’autres variétés plus difficile, voire impossible.

Enfin, plus une variété sera hétérogène, plus il sera difficile de la maintenir égale à elle-même au cours des générations successives, ce qu’on appelle la maintenance.

Or, toujours pour assurer un commerce loyal, la variété doit être stable dans le temps, l’acheteur doit pouvoir retrouver dans le commerce la variété qu’il apprécie.

 

 

 

On comprend donc que si un certain degré d’hétérogénéité est possible au sein d’une variété, il est toutefois nécessaire de fixer une limite technique à celle-ci, et donc a contrario d’exiger d’une variété qu’elle soit relativement homogène : c’est d’ailleurs exactement le sens de la définition de l’homogénéité donnée par l’UPOV :

 

 

 

 

 

 

La variété est réputée homogène si elle est suffisamment uniforme dans ses caractères pertinents, sous réserve de la variation prévisible compte tenu des particularités de sa reproduction sexuée ou de sa multiplication végétative.

(art.8 – Convention UPOV)

 

« Suffisamment uniforme », pourquoi donc ? Pour la décrire, la distinguer des autres variétés et s’assurer de sa stabilité dans le temps : CQFD.

 

L’homogénéité, une notion qui peut être relative…

Lorsqu’on va observer une variété de type population, sachant qu’elle comporte une « dose » d’hétérogénéité, on va observer un nombre de plantes suffisant pour qu’il soit représentatif de l’ensemble de la variété, et on va juger son homogénéité relativement à celle des autres variétés populations connues de la même espèce : basée sur ce principe dhomogénéité relative, la variété en étude ne devra pas être plus hétérogène que les autres variétés populations préexistantes.

Cette homogénéité relative pourra être appréciée, soit par le jugement d’experts, soit par des tests mathématiques (de type écart-type).

Par exemple, si la note médiane pour un caractère observé est de 4, on va accepter toutes les plantes qui sont notées 3, 4 ou 5 et peut être quelques plantes notées 2 ou 6 comme étant partie intégrante de la variété.

Pour le jugement par les experts, l’homogénéité des variétés populations d’un grand nombre d’espèces sera jugée sur l’ensemble des caractères à observer. Une variété population « candidate » ne devra pas être plus hétérogène que les variétés préexistantes. Dans quelques cas, comme la carotte, une variété population « candidate » ne devra pas être plus hétérogène que les préexistantes sur la majorité des caractères morphologiques sauf 2 caractères que sont la couleur de la racine ou celle du cœur de la racine pour lesquels l’homogénéité sera jugée comme pour les variétés fixées, à savoir le nombre de plantes « hors-types ».

….mais plus stricte pour les variétés « fixées »

Aujourd’hui, les variétés populations représentent une part très modeste des variétés déposées à l’inscription ; une majorité d’obtenteurs créent des variétés qui ont vocation à être homogènes, c’est à dire constituées de plantes génétiquement identiques, à l’instar de vrais jumeaux.

Selon le mode de reproduction des espèces, ces variétés homogènes peuvent être des lignées pures, des hybrides F1 ou des clones.

En principe, pour ces variétés homogènes, il suffit d’observer une plante ou un très petit nombre de plantes pour décrire la variété ; toutefois, comme il existe toujours un risque « d’accident », on va observer en réalité un ensemble de plantes, ce qui va permettre de repérer des plantes « hors-types », c’est-à-dire non conformes au « standard » de la variété.

Pour reprendre le même exemple, sur un caractère noté 4 pour une variété homogène, la grande majorité des plantes seront bien observées à la note 4, et une plante notée 6 sera classée dans les hors-types.

Pour chaque espèce, seront donc définis des seuils de hors-types tolérés, au-delà desquels la variété « candidate » sera considérée comme hétérogène pour pouvoir être acceptée en tant que variété.

Ces seuils sont adaptés à chaque espèce et à chaque structure génétique (lignée, hybride, population, …) ; ils dépendent ainsi notamment du degré de fixité qu’il apparait souhaitable d’obtenir dans le processus de sélection pour assurer la distinction d’une variété mais aussi sa stabilité dans le temps.

Très souvent les seuils de hors-types admis varient entre 0.5 et 2 %, ils peuvent être plus stricts (comme pour les céréales autogames), ou au contraire plus souples pour des constructions génétiques particulières comme des hybrides 3 voies (croisement d’un lignée pure polinisatrice et d’une femelle hybride F1) ou des hybrides utilisant des systèmes de stérilité mâle qui nécessite de commercialiser en tant que variété le mélange du parent femelle et du pollinisateur.